Un affrontement semble se profiler dans les prochains jours, voire les prochaines heures, entre le gouvernement d’Ousmane Sonko et les agents de l’État diplômés du cycle B de l’École nationale d’administration (ENA). En cause : un projet de décret modifiant le décret n°77-880 du 10 octobre 1977, qui définit le statut particulier des fonctionnaires de l’Administration générale. L’Observateur a livré, dans sa parution du jour, les détails d’un climat social sous tension.
Un nouveau front de contestation est sur le point de s’ouvrir contre le gouvernement. La menace d’un bras de fer se précise si une solution n’est pas rapidement trouvée. L’annonce de l’examen du projet de décret ce jeudi 3 avril par les ministres concernés a immédiatement suscité une levée de boucliers.
L’Inter-amicale des diplômés du cycle B de l’ENA a décidé d’entrer en résistance contre ce projet, mobilisant tous les moyens de lutte à sa disposition. Dans une lettre datée du 1ᵉʳ avril 2025 et adressée au Premier ministre Ousmane Sonko, elle exprime sa profonde déception et formule une vive protestation contre ce qu’elle considère comme une remise en cause du statut des fonctionnaires de l’Administration générale.
Une réforme jugée humiliante
Pour l’Inter-amicale, ce projet de décret constitue une atteinte à la dignité et à la reconnaissance des diplômés de l’ENA. En examinant le rapport de présentation du texte, les contestataires dénoncent l’argument selon lequel l’Administration souffrirait d’un manque de professionnalisation dans la gestion des ressources humaines. Ce qui justifierait, selon le gouvernement, la création de nouveaux corps de fonctionnaires : les conseillers en gestion des ressources humaines et les assistants en gestion des ressources humaines, respectivement classés aux hiérarchies A2 et B1 de la fonction publique.
Cette réforme est perçue comme un manque de considération pour les diplômés de l’ENA, notamment les secrétaires d’administration, qui seraient relégués au cinquième rang dans la hiérarchie du cadre de l’Administration générale. Les inspecteurs et contrôleurs du travail, spécialistes en gestion des ressources humaines, se sentiraient également marginalisés.
L’Inter-amicale s’interroge : « Qui, dans l’Administration, est mieux placé que ces cadres de l’ENA pour gérer les ressources humaines ? Pourquoi vouloir les remplacer par des titulaires de diplômes en ressources humaines sans concours préalable ? »
Elle considère cette réforme comme une tentative de discréditer l’ENA et ses diplômés, d’autant plus que la majorité d’entre eux détiennent déjà des diplômes de Licence, Master, voire Doctorat.
Un risque de bouleversement des équilibres administratifs
L’Inter-amicale met en garde contre une approche similaire dans d’autres secteurs. Elle évoque la possibilité de voir, à l’avenir, les comptables intégrés dans le statut des contrôleurs et inspecteurs du Trésor, ou encore les fiscalistes fusionnés avec les inspecteurs et contrôleurs des impôts et domaines.
Difficilement justifiable pour les contestataires, le fait qu’un assistant en ressources humaines puisse être classé à un niveau supérieur à un secrétaire d’administration, pourtant sélectionné à travers un concours national rigoureux et formé aux rouages de l’Administration publique.
Un dialogue espéré mais toujours en attente
Malgré cette fronde, l’Inter-amicale garde espoir. Jusqu’ici, aucune des correspondances adressées aux autorités concernant les perspectives de carrière des diplômés du cycle B n’a reçu de réponse. Elle se dit néanmoins disposée à échanger avec le Premier ministre ou ses services compétents afin de trouver un compromis.
Selon L’Observateur, il n’est pas exclu qu’Ousmane Sonko reçoive l’Inter-amicale avant la séance d’examen du décret prévue ce jeudi. Ce serait l’occasion pour les représentants des diplômés d’exprimer leur indignation et leur désaccord quant à la modification du décret n°77-880.
Un responsable de l’Inter-amicale souffle dans l’anonymat : « Le Premier ministre semble conscient du problème. Il pourrait retirer le projet en attendant des discussions plus approfondies avec le gouvernement. »
Les arguments du gouvernement
Le gouvernement, de son côté, défend son projet. Dans son rapport de présentation, le Premier ministre Ousmane Sonko justifie la réforme en expliquant que le décret actuel, en vigueur depuis près de 50 ans, est devenu inadapté aux réalités contemporaines. Il rappelle que le Sénégal s’est doté d’un nouveau référentiel de politiques publiques, intitulé « Sénégal 2050, Agenda national de transformation », qui ambitionne de moderniser l’Administration en optimisant la gestion des ressources humaines.
Le gouvernement s’appuie également sur l’audit physique et biométrique des agents de l’État réalisé en 2012, qui avait révélé de graves dysfonctionnements dans la gestion des personnels, en raison de l’absence de professionnalisation dans ce domaine. « L’Administration a vu proliférer des directions et services des ressources humaines au niveau sectoriel. En 2009, une direction de la gestion prévisionnelle des effectifs, des emplois et des compétences a été créée au sein de la Fonction publique. Cela fait du ministère en charge de la Fonction publique le véritable DRH-général de l’Administration », indique le rapport.
Le gouvernement estime que la réforme est un levier d’optimisation de la productivité des agents, dans le but d’assurer une gestion efficace des ressources humaines et de garantir une administration moderne tournée vers le développement.
Face à ces arguments, l’Inter-amicale ne désarme pas et s’apprête à mener une bataille acharnée pour faire entendre sa voix. Le projet de décret sera-t-il maintenu, amendé ou retiré sous la pression des contestataires ? Réponse dans les prochaines heures.